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Communiqué / Recherche, Eq S.Carnicella
Le 19 août 2026
Dans les recherches précliniques sur l’addiction à l’alcool, les rats sont souvent isolés. Une équipe du Grenoble Institut des Neurosciences a cherché à savoir s’ils pouvaient être hébergés par deux sans compromettre la validité du modèle expérimental. Les résultats révèlent une réalité plus complexe qu’il n’y paraît.
Les rats sont des animaux sociaux. Pourtant, dans de nombreuses études précliniques sur les troubles liés à la consommation d’alcool, ils sont hébergés seuls afin que les scientifiques puissent suivre leur consommation individuelle.
Cette pratique facilite les mesures, mais elle soulève aussi des questions à la fois éthiques et scientifiques : quel est l’impact de cet isolement sur le bien-être et le comportement des animaux ? Peut-on l’éviter en hébergeant les rats par deux, sans compromettre la fiabilité des résultats ?
C’est ce qu’ont cherché à déterminer Cécile Gaudart et Mylène Wilt, doctorantes au sein de l’équipe « Physiopathologie de la motivation » du Grenoble Institut des Neurosciences.
« Notre objectif initial était d’évaluer s’il était possible d’éviter l’hébergement individuel dans ce type d’expérimentation », explique Mylène Wilt. « Mais nous avons rapidement constaté que le mode d’hébergement constituait aussi un paramètre scientifique à part entière. »
Boire de l’alcool ou agir pour l’obtenir
Les scientifiques ont comparé le comportement de rats Long-Evans, mâles et femelles, hébergés seuls ou en binômes. Les animaux ont d’abord bénéficié d’un accès intermittent à l’alcool : lors des périodes d’accès, ils pouvaient choisir librement entre de l’eau et une solution alcoolisée.
Au cours de cette première phase, les scientifiques ont observé que les rats hébergés en binôme consommaient globalement autant d’alcool que les animaux isolés.
« Le fait qu’ils consomment des quantités d’alcool similaires ne signifie pas pour autant que leur comportement repose sur les mêmes mécanismes », nuance Mylène Wilt. La présence ou l’absence d’un congénère peut en effet influencer leur comportement de manières différentes.
Les animaux ont ensuite été placés dans une situation d’auto-administration : pour recevoir de l’alcool, ils devaient cette fois appuyer sur un levier.
Cette tâche permet d’étudier non seulement la consommation, mais aussi la motivation de l’animal à obtenir de l’alcool.
Dans cette seconde phase, la consommation des rats hébergés en binôme s’est révélée plus faible que celle des animaux isolés. Ils ont donc manifesté une motivation plus faible à obtenir de l’alcool.
La comparaison des deux phases montre ainsi que le mode d’hébergement n’a pas les mêmes effets selon les conditions d’accès à l’alcool. « Nos résultats montrent que boire de l’alcool librement et fournir un effort pour l’obtenir ne reposent pas sur les mêmes ressorts », résume Mylène Wilt.
L’environnement social, un paramètre à part entière
« L’hébergement en binôme ne peut donc pas remplacer systématiquement l’hébergement individuel », conclut Cécile Gaudart. « Son utilisation doit être évaluée en fonction du protocole expérimental et de ce que l’on cherche à observer : la consommation d’alcool ou la motivation à l’obtenir. »
La question reste toutefois complexe. Chez l’être humain, plusieurs études ont mis en évidence une association entre l’isolement social ou le sentiment de solitude et les consommations problématiques d’alcool ou d’autres substances. Si l’hébergement individuel éloigne le rat de ses conditions de vie habituelles, il peut donc aussi permettre d’étudier l’influence possible de ce facteur de vulnérabilité.
Mieux comprendre les effets de l’isolement
L’hébergement en binôme ne pouvant pas remplacer systématiquement l’hébergement individuel, d’autres questions se posent : quels sont réellement les effets de l’isolement sur le comportement et le bien-être des rats, et comment peut-on les limiter ?
C’est l’objet du projet EDHOSI2HAR, porté par Colin Deransart et récemment financé par le GIS FC3R. Il cherchera à évaluer les conséquences de l’hébergement individuel chez le rat et à déterminer si une manipulation quotidienne peut contribuer à les atténuer.
Référence :
Impact of paired-housing on a preclinical model of alcohol use disorder
Cécile Gaudart, Mylène Wilt, Fanny Joly, Raphaël Goutaudier, Colin Deransart, Yvan M. Vachez, Sebastien Carnicella
Drug and Alcohol Dependence, Volume 287, 2026.
https://doi.org/10.1016/j.drugalcdep.2026.113289.
Date
Raffiner les pratiques sans multiplier les animaux
Pour mener cette étude sans constituer un nouveau groupe témoin d’animaux isolés, l’équipe a réutilisé les données de plusieurs cohortes étudiées au laboratoire au cours des années précédentes. Grâce à une méthode statistique de rééchantillonnage, ils ont pu comparer des groupes de tailles équivalentes.
Cette démarche répond ainsi à deux des principes qui encadrent l’expérimentation animale : le raffinement, en recherchant de meilleures conditions d’hébergement, et la réduction, en limitant le nombre d’animaux utilisés.
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