Aller au contenu principal

Comment penser la conscience ? Une rencontre avec le public

Communiqué / Culture scientifique, Science pour tous

Le 18 avril 2026

Les intervenants de la conférence

Samedi 18 avril 2026, sept membres du collectif CARMEN étaient réunis à la librairie Arthaud de Grenoble dans le cadre du cycle « Des sciences à lire » pour présenter leur ouvrage pluridisciplinaire « Penser la conscience » (UGA Éditions).

Pendant trois ans, un groupe de neurologues, neuroscientifiques, cliniciens et chercheurs en sciences humaines, cognitives et biologiques rhônalpins, réunis au sein du collectif CARMEN (Conscience, Attention et Représentation MENtale), ont croisé leurs approches pour aborder ce phénomène longtemps réservé à la philosophie et désormais étudié par les neurosciences. 

De leurs recherches, réflexions et échanges est né l’ouvrage « Penser la conscience » co-écrit sous la direction de Karin Pernet-Gallay (GIN). Un ouvrage pédagogique que sept membres du collectif sont venus présenter ce samedi 18 avril 2026 à la librairie Arthaud de Grenoble, lors d’une rencontre-dédicace.  

 

 

Michel Dojat, neuroimageur (GIN) est d’abord revenu sur cette aventure collective et la nécessité d’une approche pluridisciplinaire pour appréhender un objet encore largement débattu.

Si la conscience reste difficile à définir, elle peut néanmoins être estimée, comme l’a illustré Christian Graff, chercheur au Laboratoire de Psychologie et Neurocognition. Lorsque l’on demande à des personnes d’attribuer un niveau de conscience (de « aucune » à « supérieure à la mienne ») à différentes entités comme un caillou, Siri ou Alexa, un humain décédé, une bactérie, un arbre, un chat, un grand singe, un dauphin, la biosphère, etc., les résultats montrent une tendance récurrente : plus une espèce est proche de nous dans l’arbre phylogénétique, plus nous lui attribuons un niveau de conscience élevé...
Reste à savoir dans quelle mesure cette perception reflète une réalité biologique.

Karine Pernet-Gallay, neurobiologiste et psychologue clinicienne, a ensuite ébauché un panorama des différents états conscients : état non-conscient, conscience phénoménale, conscience réflexive ou encore conscience morale... « La conscience, c'est une expérience très intime, unique et continue dans le corps » a souligné la chercheuse « Ma conscience ne sera pas la même que la vôtre, parce que nous n’avons pas la même histoire. » 
Malgré cette subjectivité, ces états peuvent être étudiés expérimentalement, notamment à travers des tests comme celui du miroir, réussi par plusieurs espèces animales. « Mais on ne pourra jamais savoir ce que cela "fait" d’être une chauve-souris », a-t-elle ajouté.

Les états altérés de conscience constituent également un terrain d’étude privilégié. Lydia Oujamaa, médecin rééducateur (CHUGA), a expliqué que les premiers signes de conscience après un coma sont le suivi du regard, puis la réponse à un ordre simple. « En réalité, la conscience n’est pas on/off dans le cerveau. Le niveau de conscience après un réveil de coma fluctue dans le temps jusqu’à se stabiliser. »

Alors comment étudier scientifiquement la conscience ? Une des méthodes, inspirée notamment des travaux de Francis Crick, est de rechercher, grâce à l’imagerie, les corrélats neuronaux de la conscience, autrement dit les activités et structures du cerveau associées à une expérience consciente, comme l’a expliqué Étienne Hugues, physicien et neuroscientifique (GIN). 
Yves Goldberg, neurobiologiste (GIN), a ensuite évoqué deux théories de la conscience : celle de l’espace de travail neuronal global développée par Jean-Pierre Changeux et Stanislas Dehaene et celle de l’information intégrée proposée par Giulio Tononi. 
Des modèles qui soulèvent encore plus de questions… 

« Si on peut modéliser la conscience, alors peut-on dire que le modèle est conscient ? Les machines pourraient-elles un jour l’être ? » a questionné Manik Bhattacharjee, modélisateur, laboratoire TIMC, avant de reconnaître : « avec une approche fonctionnaliste, si on s’intéresse à ce que la conscience "fait", même sans cerveau, il n’y a pas d’impossibilité totale à ce qu’une machine soit consciente. Mais pour le moment, nous n’en savons rien. »

 

 

 

Après ces présentations, qui ont esquissé la richesse des sujets abordés dans l’ouvrage Penser la conscience, le public a pu longuement discuter avec les intervenants. 
La question de la conscience collective, ainsi que l’intérêt des approches sociologiques et anthropologiques, ont émergé des échanges, rappelant que la conscience s’inscrit aussi dans des contextes culturels. Autant de pistes qui pourraient nourrir de futurs travaux.

 

Penser la conscience
UGA éditions
210 pages / 25 €
Octobre 2023

 

Date

Le 18 avril 2026

Publié le 21 avril 2026

Mis à jour le 21 avril 2026