Contenu

x

Moteur de recherche interne

Grenoble Institut des Neurosciences Grenoble Institut des Neurosciences

  • Youtube
  • Linkedin
  • Twitter

Accueil > L'Institut > Actualités

Accéder au plan complet du site

La neurostimulation électrique, une alternative aux médicaments dans le traitement de la maladie de Crohn ?

le 18 mars 2015

Les chercheurs de l'équipe de Bruno Bonaz viennent de montrer l’efficacité de cette technique chez quelques patients

vign-crohn.jpg

Traiter une maladie inflammatoire de l’intestin par neurostimulation, l’approche a de quoi surprendre. Et pour cause, l’administration de petites impulsions électriques par le biais d’une électrode implantée dans l’organisme est habituellement utilisée pour traiter des maladies qui touchent plutôt le système nerveux central, comme l’épilepsie ou la dépression. C’est pourtant l’approche originale qu’ont développée les chercheurs de l'équipe "Stress et interactions neuro-digestives" dirigée par Bruno Bonaz.

A l’origine de cette idée, une étude américaine parue en 2000 : « Elle montrait qu’un choc septique – une réaction immunitaire très intense enclenchée en cas d’infection massive – pouvait être évité chez le rat en stimulant le nerf vague, celui qui relie le cerveau au système digestif », explique le neurophysiologiste gastroentérologue. « La neurostimulation du nerf vague a ainsi une action immunosuppressive. » Derrière ce constat : l’acétylcholine, un neuromédiateur libère par le nerf vague sous l’impulsion électrique et qui bloque le TNF?, un médiateur de l’inflammation.
 

Impulsions sur le nerf vague

C’est cette action anti-TNF? qui intéresse Bruno Bonaz. En effet, ce médiateur joue un rôle primordial dans la maladie de Crohn, une inflammation chronique de l’intestin ou alternent périodes de rémission et phases de symptômes (douleurs abdominales, diarrhées impérieuses invalidantes, perforations ou ulcérations intestinales…). 

L’objectif serait de stimuler le nerf vague de façon continue et prolongée, afin de diminuer l’inflammation liée au TNF? et donc de réduire les symptômes.

Apres avoir développé avec succès un modèle expérimental chez le rat, l’équipe de Bruno Bonaz a conduit une première expérimentation tout aussi concluante chez l’homme avec le service de neurochirurgie du CHU de Grenoble. « Nous avons implanté un homme de 49 ans présentant une forme active de la maladie », évoque le chercheur. L’opération est délicate, mais facile à réaliser par un neurochirurgien expérimenté. L’électrode en forme de spirale est implantée autour du nerf vague gauche au niveau du cou. Et un boitier de stimulation, place sous la clavicule gauche, délivre une impulsion de 30 secondes toutes les 5 minutes. Dans les semaines qui suivent, l’ampérage est augmenté progressivement et stabilise au niveau maximum pour lequel le patient ne perçoit pas de sensations désagréables. Le principal effet secondaire est l’induction d’une voix rauque, mais il est transitoire. « Les symptômes ont diminué significativement, au point de ne plus avoir besoin de suivre un traitement médicamenteux chronique. »
 

Le ventre, ce second cerveau

Depuis, six autres patients ont été traites. « Seuls ceux dont la maladie était sévère au moment de l’implantation n’ont pas eu le même résultat, regrette Bruno Bonaz. Nous n’en connaissons pas encore la raison. Mais, ces données vont déjà nous permettre de préciser les patients éligibles à cette neurostimulation. » Car, pour le spécialiste, cette technique est une solution de rechange plausible aux traitements médicamenteux, parfois lourds, que doivent prendre quotidiennement les malades. « Par ailleurs, c’est aussi une démonstration pratique que notre ventre se comporte comme un second cerveau, ajoute le chercheur. Elle prouve que la maladie de Crohn est associée à un tonus du nerf vagal bas. » En d’autres termes, le nerf vagal ne fonctionnerait qu’à bas bruit par rapport aux personnes saines, sans assurer son habituel rôle physiologique. « Sachant que des approches comme la relaxation, l’hypnose ou la méditation augmentent ce tonus, c’est aussi, selon moi, une preuve du rôle joué par le stress dans cette maladie. »
 

Référence :

D. Clarençon et al. (2014). Long Term Effects of Low Frequency (10 Hz) Vagus Nerve Stimulation on EEG and Heart Rate Variability in Crohn's Disease: A Case Report, Brain Stimulation. 


(Article publié dans Science & Santé, Journal de l’Inserm, n°23 / Janvier-Février 2015, p. 20. crédit photo : SPL/Phanie)
Mise à jour le 19 octobre 2016

Membres
Associés renforcés
Associés simples