Contenu

x

Moteur de recherche interne

Grenoble Institut des Neurosciences Grenoble Institut des Neurosciences

  • Youtube
  • Linkedin
  • Twitter

Accueil > L'Institut > Actualités > Actus Equipe David

Accéder au plan complet du site

La stimulation cérébrale profonde du noyau subthalamique a également des effets bénéfiques sur les symptômes psycho-comportementaux des personnes atteintes par la maladie de Parkinson

le 25 mai 2018
vign-parkinson.jpg

En suivant une cohorte de 251 patients atteints par la maladie de Parkinson pendant deux années, une équipe internationale de chercheurs (notamment du Grenoble Institut des Neurosciences) a montré que la stimulation cérébrale profonde des noyaux subthalamiques, en plus de ses effets bien connus sur les symptômes moteurs, a également des effets bénéfiques sur les symptômes psycho-comportementaux engendrés par la maladie et les traitements. Les résultats de cette étude impliquant 17 centres chirurgicaux en France et en Allemagne, dont le CHU Grenoble Alpes, ont été publié dans The Lancet Neurology.

La maladie de Parkinson est bien connue pour ses symptômes moteurs tels que la lenteur des mouvements (akinésie), la rigidité ou les tremblements. Au décours de la maladie et sous l’effet des traitements dopaminergiques, de nombreux symptômes psycho-comportementaux sont vécus par les patients : apathie, dépression, irritabilité, anxiété ou au contraire excès de motivation, de créativité, et même des addictions comportementales à la nourriture, au jeu, au sexe, aux achats, au bricolage, etc. Il s’avère que ces symptômes psycho-comportementaux ont plus d’influence que les symptômes moteurs sur la qualité de vie des personnes atteintes de la maladie de Parkinson. [1]

La stimulation cérébrale profonde des noyaux subthalamiques est un traitement efficace reconnu des symptômes moteurs de la maladie. Mais ses effets sur les symptômes psycho-comportementaux sont encore assez mal connus. Les données actuelles sont contradictoires : des troubles de l’humeur (hypomanies), des dépressions induisant un risque suicidaire, une apathie, tout comme des addictions comportementales sont décrites sous stimulation. [2] Quelle est leur fréquence ? Peut-t-on imputer leur apparition au seul traitement par stimulation? Ces questions restent ouvertes, malgré 25 années de recherches sur le sujet.

Dans le cadre d’une étude clinique randomisée EARLYSTIM, les chercheurs ont suivi pendant deux ans 251 personnes atteintes par la maladie de Parkinson, au stade des fluctuations motrices mais depuis moins de deux ans. Un groupe de 127 patients ont été traités médicalement de façon optimisée (groupe BMT pour "Best Medical Treatment") et un groupe de 124 patients traités par stimulation bilatérale des noyaux subthalamiques (groupe STN-DBS pour "subthalamic nucleus deep brain stimulation"). Jusqu’alors, la chirurgie était classiquement proposée après 5 ans de fluctuations motrices.

L’objectif principal de cette étude était de démontrer le bénéfice de proposer le traitement chirurgical tôt dans l’évolution de la maladie en termes de qualité de vie, ce qui a été le cas. [3] Elle a permis également d’évaluer les effets de la stimulation cérébrale sur les symptômes psycho-comportementaux, grâce à une échelle spécifique à la maladie, conçue par l’équipe [4].

Ainsi, les données récoltées montrent que les fluctuations psychiques étaient significativement améliorées dans le groupe "stimulé" comparativement au groupe "médicalisé" où celles-ci avaient tendance à s’aggraver. En revanche, les variations d’apathie, de dépression et d’anxiété n’étaient pas significativement différentes entre les deux groupes dans le temps. L’apathie avait cependant tendance à augmenter dans le groupe "stimulé" : 1,6% des patients apathiques en préopératoire contre 10% à 2 ans postopératoires.

Enfin les comportements de la lignée hyperdopaminergique (addictions comportementales, hypomanie, hyperactivité…) ont été significativement améliorés dans le groupe "stimulé" comparativement au groupe "médicalisé", avec plus spécifiquement une diminution du nombre de patients atteints de façon exagérée d’une hyperactivité nocturne, de somnolence diurne, de créativité, de bricolage.
Par ailleurs, l’analyse des traitements psychotropes a montré que, même si la grande majorité des patients restaient avec les mêmes types de traitement, des antidépresseurs avaient pu être stoppés plus souvent dans le groupe "stimulé" (chez 12 personnes) que dans le groupe « médicalisé » (chez 4 personnes), groupe dans lequel des antipsychotiques avaient dû d’être introduits plus fréquemment.

Il semble donc que pour des patients au stade des complications motrices précoces, la stimulation du noyau subthalamique apporte un bénéfice psycho-comportemental supérieur au traitement médical optimisé. La présence d’addictions comportementales ou de fluctuations psychiques à l’état préopératoire sont à considérer comme des arguments supplémentaires en faveur d’une indication chirurgicale proposée pour traiter les complications motrices.
 

Pourcentage de patients avec un score supérieur ou égal à 2 aux items hyperdopaminergiques de l’échelle Ardouin dans les groups STN-DBS et BMT à l’état pré-opératoire (en bleu) et après deux ans de suivi (rose transparent).

Référence :
Behavioural outcomes of subthalamic stimulation and medical therapy versus medical therapy alone for Parkinson’s disease with early motor complications (EARLYSTIM trial): secondary analysis of an open-label randomised trial.
Eugénie Lhommée, Lars Wojtecki, Virginie Czernecki, Karsten Witt, Franziska Maier, Lisa Tonder, Lars Timmermann, Thomas D Hälbig, Fanny Pineau, Franck Durif, Tatiana Witjas, Marcus Pinsker, Maximilian Mehdorn, Friederike Sixel-Döring, Andreas Kupsch, Rejko Krüger,Saskia Elben, Stephan Chabardès, Stéphane Thobois, Christine Brefel-Courbon, Fabienne Ory-Magne, Jean-Marie Regis, David Maltête,Anne Sauvaget, Jörn Rau, Alfons Schnitzler, Michael Schüpbach, Carmen Schade-Brittinger, Gunther Deuschl, Jean-Luc Houeto, Paul Krack, in collaboration with the EARLYSTIM study group
Lancet Neurol. 2018 Mar;17(3):223-231.
doi: 10.1016/S1474-4422(18)30035-8.

Notes :
[1] Schrag A, Jahanshahi M, Quinn N. What contributes to quality of life in patients with Parkinson’s disease? J Neurol Neurosurg Psychiatry. sept 2000;69(3):308?12.
[2] Castrioto A, Lhommée E, Moro E, Krack P. Mood and behavioural effects of subthalamic stimulation in Parkinson’s disease. Lancet Neurol. mars 2014;13(3):287?305.
[3] Schuepbach WMM, Rau J, Knudsen K, Volkmann J, Krack P, Timmermann L, et al. Neurostimulation for Parkinson’s disease with early motor complications. N Engl J Med. 14 févr 2013;368(7):610?22.
[4] Rieu I, Martinez-Martin P, Pereira B, De Chazeron I, Verhagen Metman L, Jahanshahi M, et al. International validation of a behavioral scale in Parkinson’s disease without dementia. Mov Disord Off J Mov Disord Soc. 15 avr 2015;30(5):705?13.


Mise à jour le 29 mai 2018

Archives

Membres
Associés renforcés
Associés simples